Livre 2 Yoga Sutra : Comment apaiser le mental pour trouver sa paix intérieure


Le livre deux des Yoga Sutra : Sadhana Padah, nous amène dans le cœur du sujet du Yoga : comment apaiser le mental pour trouver sa paix intérieure, sa plénitude ?


Dans le livre 1, sutra 1.2 on définit le yoga comme la cessation des fluctuations du mental. Mais comment y arrive-t-on?


Par le Kriya Yoga nous dit le livre deux : Yoga de la purification – c’est analyser pour purifier à travers : Tapas, Svadhyaya et Isvarapranidhana.


Tapas : c’est prendre soin de soi, l’austérité, revenir à l’essentiel – comment agir avec plus de modération – de réduire notre cumul matériel, revenir à la simplicité. Discipline mais attention ne pas être excessif. Discipline pour se détacher des désirs… discipline pour atteindre l’essentiel. Se dénuder de tout ce qui nous encombre sur notre chemin. LA DISCIPLINE NE DOIT PAS ETRE EXCESSIVE.


Svadhyaya : Changer nos habitudes - on s’étudie pour essayer de comprendre ce qui nous motive et nous guide, voir avec honnêteté. Etre honnête face à soi. C’est la façon dont on pourra changer nos habitudes. On s’éduque, on lit les textes, on questionne…

Une prise de conscience, un regard intérieur pour comprendre comment nous fonctionnons. Qu’est-ce qui fait que l’on voit les choses comme on les voit, que l’on agit ou réagit. Comment pourrait-on réagir / agir différemment


Nos actions c’est le potentiel qui va s’exprimer

Une action ne sera ni positive ni négative elle sera l’expression de la situation dans laquelle nous sommes (la peur, la colère, la compassion, la joie, la jalousie...)

On doit comprendre notre motivation pour pouvoir se détacher, se libérer de cette motivation et trouver une action « nue ». Cette motivation fait qu’on exprime une certaine potentialité et donc un prakriti. Le monde matériel dans lequel nous vivons reflète cette potentialité.



Ce qui apparait comme quelque chose de physique, d’existant, c’est ce que nous appelons le Prakriti (la matière). Mais il y a deux formes dans la matière : il y a la forme manifestée et la non manifestée. Notre corps, notre prakriti manifesté c’est nos habitudes, notre vécu, qui est l’expression de ce que l’on est aujourd’hui. Le prakriti manifesté n’exprime et ne manifeste qu’une partie de notre être.

C’est vraiment la même chose avec notre ADN. L’expression de notre génétique sera impactée par notre environnement, notre façon de nous nourrir, nos habitudes…


Alors ce Kriya Yoga, cette purification c’est revenir dans notre potentialité, c’est se « purifier » pour aller dans le non manifesté et trouver notre action dénudée qui nous permet d’exprimer un prakriti différent.

Nos actions expriment une potentialité changeante… On fait une involution, on étudie son intérieur pour changer l’expression du prakriti (ce qui est à l’extérieur)


Avec tapas et svadyaya, c’est retrouver l’état dans lequel on va pouvoir dévoiler le non manifesté, notre potentialité, le pradhana. Selon notre style de vie, notre choix de vie nous allons exprimer une potentialité. Cette potentialité sera différente que si l’on choisit un autre mode de vie, un autre environnement… Tous les facteurs entrent en compte.


Etude de soi c’est revenir dans la potentialité et ne pas rester dans le manifesté


Isvarapranidhana – s’abandonner à Isvara (Dieu) : certaines évidences se dévoilent à nous et ça c’est notre foi. Car ces évidences sont des moments où nous prenons conscience de cette force en nous qui nous donne vie, de cette constance en nous qui traverse toutes nos transformations.

Mais quand on parle de Isvara, de Dieu… c’est quoi ? c’est une foi en un divin. Et le divin qu’est-ce que c’est? C’est cette foi en cette étincelle, en cet éternel, cette force qui donne vie. Toute vie émane de cette source. C’est ça Dieu, Isvara… C'est d’être animé de cette force de vie. Donc toute chose vivante mérite d’être respectée, mérite notre dévotion, notre foi. Toute chose vivante contient le divin en elle. Le divin n’est pas quelque chose d’extérieur.


Toute vie a cette force de vie (cette source de vie) qui est l’élément qui nous anime. Nous prenons une forme humaine ou végétale ou animale grâce à cette force de vie. Aujourd’hui c’est une forme, demain une autre… mais qu’est-ce que l’on remarque ? Que la constance c’est cette force vitale, que le prakriti, tout ce qui prend forme à un moment donné, n’est que temporaire et l’univers est en constant mouvement et changement.

La divinité est partout autour de nous. ça nous rend humble. On est l’égal de l’arbre, du papillon… on fait partie de cette même force. Et nous devons vivre en harmonie avec cette force, trouver un équilibre pour que la vie continue. Notre prakriti, nos énergies nous ont donné une forme humaine.



Le souci quand on ne trouve pas cette constance en nous, cette force vitale, c’est qu’on expérimente notre vie dans cette perception restrainte de notre humanité. On aura du mal à passer au-delà de nos désirs nos peurs, on cherchera à satisfaire notre prakriti. On cherchera à préserver ce que l’on est, ne pas vieillir, ne pas changer, on s’accrochera à notre prakriti et celui qui nous entoure, cette réalité que l’on connaît qui nous rassure. Mais si au lieu de s’accrocher à quelque chose qui n’est que temporaire nous pouvions nous accrocher à notre éternel, à l’essence de notre être, à cette constance qui nous accompagne à travers nos différents corps - la petite fille de 3 ans que j’étais n’existe plus, et pourtant je suis toujours là - ne trouverions nous pas alors un certain calme, apaisement ? La mort aurait alors un autre sens, nous arrêterions de nous accrocher à ce qui est voué à disparaître.


L’équilibre de toute vie existe parce qu’il y a la mort. La mort nous permet de vivre pleinement notre vie. De profiter de chaque instant dans son entièreté, et de le laisser passer… Chaque moment est éternel et unique. “Chaque jour porte en lui l’Eternité” Paulo Coelho, L’Achimiste

Finalement, prendre conscience de l’unité avec le tout. Prendre conscience de l’instant qui à au même moment son passé et son avenir.

Mais voilà, à se croire supérieur, à considérer sa vie humaine comme une fin, l’homme passe son temps à essayer de modeler le monde pour se satisfaire. Il passe son temps à essayer de lutter contre sa plus grande peur : la peur de la mort.

Il est grand temps de changer de cap et de confronter nos peurs, nos blocages. Redonner à notre ego sa place et ne pas se prendre pour “L’Homo Deus”, celui qui décide de la vie ou la mort, qui marchande avec, qui négocie et sacrifie….


Aucune espèce n’a été aussi autodestructrice que l’humain : « Hier, l’homme apparut, champignon à foyer multiple. Son cortex lui donna une disposition inédite : porter au plus haut degré la capacité de détruire ce qui n’était pas lui-même tout en se lamentant d’en être capable. A la douleur s’ajoutait la lucidité. L’horreur parfaite. ». Sylvain Tesson


Car en effet, faisant partie de la même source de vie, tout ce que l’on détruit nous détruit également. Et plus nous détruisons, plus nous avons peur de mourir. Cette peur prend toutes les autres formes de peur et c’est ce qui nous gouverne..

Alors le Kriya Yoga pour nous aider à comprendre et à changer nos habitudes, les samskaras (imprégnations) qui définissent notre prakriti (monde physique).

Apprendre à se connaître c’est inviter le questionnement et petit à petit, exprimer une nouvelle potentialité. Au fur et à mesure que l’on s’étudie, nous prenons conscience des choses comme elles sont, nous pouvons voir les choses, c’est ça la purification, retirer les obstacles de notre chemin.

Ces obstacles sont les cinq klesha que l’on rencontre dans ce livre deux

L’ignorance ou l’aveuglement (Avidya) elle est soutenue par 4 facteurs : l’ego (asmita), le plaisir et sa recherche (raga), les aversions et la douleur que l’on cherche à éviter (dvesha) et s’accrocher à la vie, cette peur de la mort (abhinivesha). L’avidya est vue comme source de toute souffrance et Abhinivesha est étroitement lié à l’ignorance et considérée comme l’origine des trois autres facteurs.






La vie et la mort

A partir du moment où nous sommes nés, nous savons que nous allons mourir. Mais malheureusement dès notre naissance nous entrons dans une société humaine qui veut lutter contre la mort. Et c’est bien là la base de notre ignorance, de notre souffrance. Quand nous donnons vie, nous rejetons la mort car nous croyons que nous avons un droit de vie. Nous croyons que nous méritons de vivre. Que c’est un dû. Nous n’acceptons pas du tout que nous puissions perdre un enfant, un parent, un ami, nous-même… Nous pensons que nous sommes immortels et que nous pouvons échapper à la mort. La mort nous fait peur et inconsciemment dès notre naissance nous sommes conditionnés à éviter une réalité : la mort.


Nous commençons la vie sur une perception erronée; celle de croire que nous avons le droit à la vie longue (et éternelle). Nous partons sur une prémisse qui est fausse. Je suis né donc je dois vivre jusqu'à mon vieil âge et au-delà…. Mais si nous avons la chance d’y arriver tant mieux pour nous, mais ça n’est pas une condition qui vient avec la naissance…


Nous partons du principe que la vie est plus importante que la mort, le poids que l’on donne à la vie est en démesuré par rapport au poids que l’on donne à la mort. Nous voyons la mort comme négative, quelque chose que l’on doit la renier, ignorer… Mais si au lieu de vouloir éviter la mort on l’acceptait comme parti intégrante de la vie, nous pourrions apprécier tous ces moments de vie comme une chance, une opportunité, un partage et nous pourrions dans la tristesse accompagner ceux que nous aimons dans leur mort, sans leur en vouloir, les laisser partir et apprécier la chance d’avoir pu partager ces moments de vie…


Nous voyons la mort comme une fin. Mais, nous étions néant avant et nous le serons après. La vie nous donne une expérience pour comprendre cette force de vie, ce neant, cet infini. On en prend conscience. Sauf que nous nous attachons à cette expérience et nous ne voulons plus la laisser passer.

Notre asmita, l’ego, confond ce qui est passager et le voit comme quelque chose d'éternel. Moi Charlotte, mon ego doit être éternel. Mais l’ego nous permet d’avoir l'expérience de notre Moi intérieur. Permet de comprendre notre éternel. Notre vie est l’expression passagère de notre Etre profond. Il faut vivre en conscience de la mort, sans peur de la mort avec un ego qui ne se croit pas éternel. Il faut vivre chaque chose pour ce qu’elle est. Il n’existe pas de vie sans mort, de bonheur sans malheur... Mais on nous dit que c’était possible. Que l’on mérite de vivre, que nous pouvons vivre sans douleurs, dans le plaisir…. Alors ça devient notre objectif.


Alors cette grande question se pose: pourquoi sommes nous là? Pour répondre à cette question bien personnelle, il va falloir trouver le silence en nous, calmer le mental, et laisser la réponse se révéler à nous. Nous aurons trouvé alors notre Dharma. “Deux moments importants dans notre vie : celui de notre naissance et celui quand on comprend pourquoi”




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